Cela fait un petit moment que l'idée de parler des points cardinaux me démangeait.
Il faut dire qu'en France, existe une spécificité bien particulière, ce n'est hélas pas la seule. Le centre géographique de ce pays se situe à Paris, comme tout un chacun le sait et il est donc normal que les quatre directions gravitent autour de ce point central. Ce qui est au Nord de Paris, c'est le Nord, au Sud de Paris, le Sud, à l'Est de Paris c'est l'Est et l'Ouest à l'Ouest de Paris bien évidemment. C'est béotien, primaire même, mais c'est ainsi. Cela a fait du reste plus ou moins tache d'huile sur le reste du pays.
Ces directions sont assez évocatrices, le Nord c'est le froid, le Sud le chaud, l'Est le rêve, l'Ouest la conquête.
Elles sont dans l'imaginaire collectif.
L'Est, c'est Strasbourg bien sur, mais c'est aussi Vienne, la puszta, la yourte, la route de la soie, Marco Polo, la merveilleuse Samarkand, Gengis Khan et sa horde...
Le Nord c'est Lille sans doute, mais c'est aussi Amsterdam la Venise du Nord, la belle Stockholm, l'Inuit, l'ours blanc sur sa banquise, Charcot et son "Pourquoi pas".
Une particularité que possède le Nord et pas les autres, c'est qu'il a un point de chute = le pole
L'Ouest est plus vague "Chantal, la maison de campagne à Conches, c'est à l'Ouest ?? Ah!!!" Quand on vient en Bretagne on ne va pas dans l'Ouest, on va en Bretagne, c'est évident. J'ai dit plus haut la conquête, car nos lointains ancêtres au fil des premiers siècles sont tous partis dans cette direction.

C'est également l'immense Atlantique, le nouveau monde, San Francisco et son Golden Gate, la conquête de l'Ouest dans des chariots brinquebalants, les troupeaux de bisons, Geronimo, le sanguinaire Custer.
Le Sud Ah! Le Sud! Je l'ai gardé pour la bonne bouche si l'on peut dire. Pour le parisien moyen, sa source est assez indéterminée; pour les philosophes et autres artistes du langage, son lieu de naissance se situe rive droite dans ce qui est appelé communément "le marais".
Contrairement aux autres directions, il est fluctuant, maigre oued en période hivernale, fleuve impétueux en saison sèche. A Lyon il est déjà conséquent et là se situe une autre particularité bien française.
Le Sud enfante d'un avatar; comme ces plants de tomates qui ont un rejet sur le coté, le Sud a une excroissance "le Sud-Ouest" mais un Sud-Ouest tronqué, qui vient buter sur les pyrénées. Plusieurs compagnies de scouts, les 2 doigts en l'air et remuant la moindre pierre n'en ont trouvé trace au delà de ces montagnes. Force est donc de dire que le Sud-Ouest, comme un bambin dans son parc, se cantonne inexplicablement et de façon incompréhensible en deçà des Pyrénées, phénomène il faut bien l'avouer assez hallucinant.
Le Sud, lui, poursuit son périple, salue le palais des papes d'Avignon, s'en va flirter avec les belles du festival de Cannes, se teinte d'exotisme dans les vieux quartiers de Marseille et sur le vieux port, traverse joyeusement la mare scintillante pour se prosterner devant Alger la blanche et se répandre dans la Mitidja. Devant l'immensité du désert il est pris de vertiges. Des dunes de Merzhouga et de Nouakchott, au grand erg oriental, il s'affole dans des courses vertigineuses au gré des vents de sable "Ah! le sable chaude du désert, ça sent bon le Sud" Il fait une pointe jusqu'a Dakar, réminiscence de la course Paris/Dakar, salue Tombouctou et les Touaregs "les hommes bleus !!!! Ça sent le Sud à plein nez", survole une caravane chamelière et plane dans une espèce de nirvana céleste. Le massif du Hoggar et le Tibesti sont dépassés. Un petit salut est adressé à Fort Lamy en souvenir de ses légionnaires bronzés, scrutant le moindre rezzou.

Et là se produit un phénomène très étrange. Le Sud, pris de frénésie se consume. Comme une amibe géante, le Sahara absorbe le Sud. Des géologues, astronomes et autres pédologues se sont précités sur les lieux afin d'étudier cette extravagance. Ils ont sillonnés tous les pays situés au méridien du Sahara à la recherche du moindre souffle de Sud - sans résultat - rien - plus de Sud. Nous avons entrepris nous-mêmes une vaste enquête auprès des populations concernées en République Centrafricaine, au Cameroun. Nous sommes même descendus jusqu'au Congo "Ah!! la remontée du fleuve Congo et ses tourbillons gigantesques comme des maelstroms - souvenirs - souvenirs" Nous avons du nous résigner - le Sud avait disparu.
La seule consolation, si on peut dire, est venue des scientifiques. au bout de leur recherche stérile, ils ont pu, de façon empirique situer le lieu de disparition du Sud = entre le massif du Tanezrouft et le lac Rchad - Requiem - Cela fait tout de même une belle pierre tombale, le Tanezrouft - ça fait classe !!!!!

Une prière : quand, par inadvertance, il vous arrivera de parler du Sud, ayez une pensée émue empreinte de recueillement en pensant au Tanezrouft
Au moment de clore cette petite digression, il m'est signalé quelques résurgences dans l'extrême pointe méridionale du continent. Des rumeurs sans doute
L'Ouest, quant quant à lui, ne connaît pas la fin (contrairement au sud qui ne la connaît que trop!) L'ouest cours indéfiniment jusqu'à s'en mordre la queue, jusqu'à en effacer l'Est... Une sorte de cannibalisme géographique que l'Est peut rendre à l'Ouest à condition que le voyageur décide de faire marche arrière et de redérouler l'est... Là, comme toujours, l'endroit on l'on pose sa caméra détermine sa propre réalité... une réalité toute relative et infiniment proche de l'intangible quand on y pense
Petit rajout : Je vois que Père quand il publie, il publie... il ne met pas à côté ! Premier post et déjà premier contributeur du blog en nombre de caractères !!!: :o)
Car kan ça Post ! ça Post
Et pas du pipi de chat ! du baudelaire ! du sartre ! du victor de chez Hugo ! 6 rue ....
Encore Bravo pour cette prose et pour son contenu
Je ne peux ke t'encourager !
Et en même temps je te reconnais bien là
Merci et à bientot pour un nouveau Post !
Bisous à toi et à ta concubine en chef !!!
La Bretagne et ses souvenirs
Biz et ar véchal !!!!
Alors bien sur, ce ne sera pas toujours relié à la philosophie humoristique montfortesque mais parfois pourquoi pas... ;o)
J’ai aimé te lire et cela m'a aussi fait regretter de ne plus voyager. J'ai eu une conversation hier soir avec un pote qui me disait que dans les années qui viennent le pétrole viendrait tellement a manquer qu'il nous faudrait changer toute notre façon de voir les choses et, ce qui concerne ce post envisager de ne plus pouvoir voyager aussi facilement qu'aujourd'hui. Ne plus aller découvrir les trésors que papa nous décrit si bien me - je dois vous l'avouer - rend bien mélancolique !
Allez, restons positif et papa et maman je vous souhaite un bon voyage !
Le vide n'existe pas! la nature en a horreur. L'Homme encore plus...