Presque 2 mois que je suis en Gaspésie. Mission d'ouverture d'agence régionale. J'y resterai jusqu'à ce que ca fonctionne .... ou pas !! 
Je vais m'installer sur la baie des chaleurs !!
Là pour le moment :
Je ne vous ai pas fait de post depuis longtemps donc je vais me lâcher et vous en donner :
Départ de Montréal début octobre:
Le grand rangement par le vide de mon appart de la rue St-Timothée, le passage de mes clés à l'ami Ernesto qui saura prendre soin de mes dauphins et de mes canapés Champagne de la ligne Roset . La route avec Jean-François ( notre Coutu préféré ) et Dame Bérubé . Du fun en masse!
Puis Muffin qui ne se lasse pas de faire ses petites pattes sans savoir encore qu'elle s'en va vers une nouvelle vie au pays des orignaux et des chevreuils tristement éventrés aux quatre coins de la route 132 . Ma 132, chère 132! Sans être la mythique route 66, avec quelques petites tounes locales rythmées à la cuiller, des cabanes à frites ici et là, et, bien-sûr, des concessionnaires en veux-tu en voilà, la 132 n'a rien à envier à sa cousine américaine avec la petite ''touch'' québécoise en plus : les rutilants trucks remplacés par des hordes de tracteurs vomissant leur brin de foin, des convois de maisons mobiles et tous ses petits vieux pensionnés qui visitent une cousine éloignée dans le fond du bois . Tout ceci sans
parler des pauvres chevreuils qui finissent comme vous le savez ( lire plus haut ) et les putois en carpette noire et blanche au milieu d'une ligne jaune. On pourrait presque se croire dans un road movie américain où les haltes routières désertiques et inquiétantes seraient remplacées par des luxueux Tim Horton ( genre Mac Do du café et de la beigne ) ou de petites cantines paroissiales tenues par des Linda toutes endimanchées, heureuses de servir leurs très pétifiantes fèves au lard flanquées de leurs non moins célèbres oeufs bacon. Et je ne vous parle pas du garçon d'essence qui est presque votre ami après un plein et toute sa
vie en quelques mots. Ô, cher pompiste, je te viderai bien la citerne juste pour être ton ami sauf que j'ai encore des miles à couvrir et une baie à atteindre! A chacun sa croix! Et la 132 qui n'en finit pas de nous étonner par ses lignes pures qui n'en finissent pas de finir, ses travaux sans but et ses traversée de village fantôme qu'on annonce mais qu'on me voit jamais.
Et ses paysages à en couper le souffle, enfin, plutôt devrais-je dire le soufflinet car, un sapin, c'est un sapin, et une vallée avec une rivière,c'est juste un trou avec un peu d'eau de dedans. Mais, bon, chère 132, je les aime tes collines pis tes rochers qu'on pourrait prendre pour des falaises. Et surtout, surgissant de nulle part, inopinément, subitement, sans crier gare, d'un seul coup, c'est le choc sidéral, la révélation divine et surtout le signe que le but n'est plus très loin : le premier Dixie Lee!
La GaspéLee n'est pas loin, le poulet est là! Dixie trône, majestueux, presque fier d'être le deuxième représentant officiel de la péninsule après l'outarde et le très malchanceux chevreuil ( voir plus haut ). Et Dixie est partout! Dès qu'il y a un shack, y a Dixie. Dès qu'il y a un Coutu ( Jean cette fois-ci, avec ses nombreux amis ), y a Dixie. Une école, un dépanneur, un garage? Dixie est toujours là. Dixie, tout un poulet, toute une vie. Et finalement, Dixie est devenu mon premier ami véritable. Celui sur qui je
peux toujours compter. N'importe où, entre mer et terre, monts et vallées.
Bon! Bon! Retour à la 132 qui n'en finit pas de nous étonner, comme vous le voyez. Et elle nous offre aussi quelques haltes routières bien mises,tellement propres avec ses pissotières barrées, ses abreuvoirs sans eau et ses balançoires sans siège. Car, n'oubliez pas que le Québec ne vous autorise à bien voyager qu'en juillet et en août, et que, le reste de l'année, vous n'êtes pas censés arpenter le pays contre le gré de Tourisme Québec. Alors, prenez votre mal en patience et pisser dans les épinettes.
Mais à vos risques et péril car au pays des vallées pis des ruisseaux, y a aussi beaucoup de maringouins qui se satisferont sans manière d'un gland flétrie ou d'une vulve fatiguée, confinés tous les deux entre cuisses et siège d'auto pendant des heures. Alors, avant d'arroser les épinettes et de voir bourgeonné votre intimité, prévoyez un bon Off! ( disponible chez Jean-Coutu, à la sortie de Rimouski ). Mais le mieux est de boire peu et d'oublier que vous avez une vessie. Alors, la fameuse halte saura vous détourner de sa mission première pour seulement un petit arrêt dégourdissement, repos de l'auto, et largage du colon que vous suivez depuis des heures à 60 km/h et qui commence à vos taper sur le système malgré les 28 cigarettes que vous venez de fumer en ligne! Mais, heureusement, Dixie est là. Et qui dit Dixie dit . Gaspésie! Encore quelques sapins, quelques colons, des tonnes de flotte et beaucoup de cigarettes avant de renaître.
Malgré l'euphorie des premières heures, les tralala pouët pouët du départ,la fatigante chanson à répondre qui tourne en boucle depuis le Pont Jacques Cartier, l'habitacle perd vite de son petit confort douillet pour laisser place à la désagréable sensation d'avoir le pneu qui chatouille la raie du cul et le chignon qui s'accroche dans le plafond. Le brunch de chez Linda vire à la ratatouille, l'Evian a tourné en eau croupie et les miettes de la collation ont fini dans le vide poche avec le crisse de briquet qui n'est jamais à sa place. Même le misérable chevreuil ratatiné dans le fond d'un pick-up n'a plus le don de vous émouvoir et vous vous demandez même si vous aimeriez pas finir en pâté plutôt que de terminer votre vie coincé entre le putain de dossier trop raide et le pare-brise moucheté de cadavres ailés. C'est que, voyez-vous, c'est loin la Gaspésie.
Pas comme la cordillère des Andes, c'est sûr, mais après un village charmant avec son adorable clocher rouge et blanc, un autre avec ses chalets si typiques et ses vieilles demeures ancestrales, on finit à ne remarquer que les vieilles granges délabrées, les lugubres bicoques encore éclairées et les jardins transformés en carrosserie! Mais heureusement, un voyage vers la Gaspésie, c'est aussi le moment de dire du mal des autres. Alors, on se tourne les uns vers les autres pis on déverse son venin pendant que le conducteur s'attrape un torticolis les 2 yeux dans le même rétro. Et vous riez, vous vous moquez, et vous oubliez pendant quelques temps la maudite route qui n'a que des hordes de sapins à vous offrir, des haltes sans vie et
sans camionneur brun aux yeux bleus d'1m85 de poil et de muscles qui cherche l'âme sour en se faisant aller le colosse. Pis on devient même un peu cruel jusqu'à espérer qu'un crisse de chevreuil vienne s'emboutir dans votre pare-choc, histoire de mettre du piquant à ce périple interminable. Mais heureusement, vous gardez toujours une lueur d'espoir en comptant le kilométrage des panneaux des prochains patelins que vous traverserez. 30 km de plus, 16 qui s'en viennent et un autre 62 qui s'annoncent. Et vous reprenez pitié du pauvre chevreuil qui n'a pas mérité cela. Oh! Ça non! Et de temps en temps, on croise une grosse dame qui promène son mari ou encore
des enfants qui jouent au ballon à deux pas de la chaussée, proches d'être emportés par un 18 tonnes malveillant. C'est que la 132, c'est le nerf de chaque commune. La vue sur mer, c'est pour la 132. Chaque cour, chaque parc, chaque maison ont pignon sur la 132. Promener votre chien? Sur la 132. Faire un petit de tour de roller : sur la 132. Faire prendre l'air à mémé? La 132. Barbecue entre amis? 132. Bronzette sur la plage? 132. Et vous vous sentez important car vous êtes au cour de l'intimité chatoyante de tous ces gens qui ne vivent que par elle ( Et Dixie Lee, of course! ). Et vous reprenez du
baume au cour pour mener votre coquille de noix à bon port. Ceci étant, soyons clair dès maintenant. Je n'ai jamais vu autant d'eau avec aussi peu de bateaux. Je vais donc reprendre mon ''port'' et le remplacer par ''marina tropicale'', celle qui a vécu le dernier ouragan du calendrier. C'est plus juste. En tout cas, je ne sais pas si les eaux du coin sont particulièrement dangereuses mais j'ai l'impression que les locaux préfèrent enfiler la tenue de chasseur que le gilet de sauvetage. Tout ça pour aller titiller notre
très éprouvé chevreuil ( lire plus haut ). A moins que le saumon ne soit devenu cannibale et là, je comprendrais mieux. Ou encore que la crevette gaspésienne se soit tannée de ses festivals et qu'elle ait décidé d'aller contrarier les baigneurs. Alors vaut mieux persécuté un miséreux chevreuil qu'un vorace crustacée! Non?
Bon. Et on roule encore avec la même chanson idiote sur les lèvres en
imaginant une famille bien comme il faut se faire attaquer par un troupeau de homards en rut pendant qu'une flopée de chevreuils transforme leur mobile home en terrine de noël.
Ô Gaspésie! Que d'imagination fertile baigne tes rivages escarpés .
Et toc! Un autre 82km qui s'en vient . God! Pour la première fois depuis des heures : New Richmond! Ça se peut presque pas. On ne rêve pas. Vite, une cigarette.
Voila mon jardin, vue sur la baie des chaleurs quand il fait beau ! 
Et quand il fait plus ...froid !! 
Bonjour a tous et dans le futur, je ferai plus souvent et .. moins long 
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